Les États-Unis se rapprochent de l'imposition de droits sur le bois canadien

Ross Marowits, La Presse canadienne


MONTRÉAL - La Commission du commerce international des États-Unis a déterminé qu'il était raisonnable de croire que l'importation de produits du bois d'oeuvre canadiens cause un préjudice important aux producteurs américains, ce qui ouvre la voie à l'imposition de droits préliminaires.

Selon la commission du commerce, le bois d'oeuvre canadien nuirait aux producteurs américains parce qu'il «serait subventionné et vendu aux États-Unis en deçà de sa juste valeur». La commission ajoute que le département américain du Commerce poursuivra maintenant son enquête, amorcée le 16 décembre dernier, et qu'une décision définitive serait prise plus tard.

Cette décision préliminaire pourrait toutefois forcer déjà les importateurs américains à verser des dépôts au comptant pour acquitter des droits compensatoires préliminaires au début du mois de mars, puis des droits antidumping à la mi-mai — à moins que ces dates-butoirs ne soient reportées entre-temps.

Au Canada, l'imposition de ces droits se traduirait par des pertes d'emplois et des fermetures d'usines, selon les producteurs canadiens. La valeur des exportations canadiennes de bois d'oeuvre aux États-Unis s'élève à environ 4,7 milliards $ US pour l'année dernière, selon le département américain du Commerce.

À Ottawa, la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, a soutenu que le Canada est prêt à affronter tous les scénarios et que le gouvernement défendra vigoureusement les intérêts des travailleurs et des producteurs canadiens. Dans un communiqué, elle rappelle que la position du Canada n'a jamais été invalidée par une instance internationale.

La décision de Washington de mener une enquête sur le bois d'oeuvre canadien découle de requêtes déposées en novembre dernier par la Coalition américaine du bois d'oeuvre. L'organisme américain soutient que les provinces, qui possèdent la plupart des terrains forestiers exploitables au Canada, approvisionnent à bons prix les producteurs canadiens de bois d'oeuvre, entre autres subventions. Les producteurs canadiens contestent ces affirmations.

La compagnie montréalaise Résolu soutient que les producteurs du Québec et de l'Ontario paient le prix du marché pour le bois et qu'ils devraient pouvoir profiter de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Le conseil du bois d'oeuvre de Colombie-Britannique plaide que les arguments «non fondés» des producteurs américains ont déjà été rejetés par des comités indépendants de l'ALÉNA.

Paul Quinn, de RBC Marchés des capitaux, croit que les Américains pourraient imposer d'abord des droits élevés afin de pousser le Canada à négocier une entente à long terme qui serait à l'avantage des États-Unis. La ministre Freeland a déjà prévenu qu'Ottawa ne ratifierait pas un accord qui désavantagerait les Canadiens. Elle admet cependant que le vent de protectionnisme qui souffle de plus en plus sur Washington ne facilitera pas la négociation.

Chez Produits forestiers Résolu, on espère qu'Ottawa et les provinces ne se laisseront pas «intimider et bousculer» par le geste de Washington, compte tenu de l'importance de cette industrie dans l'économie canadienne. Selon le porte-parole, Seth Kursman, les gouvernements devront en attendant soutenir l'industrie, par le biais de garanties de prêts et autres mesures d'aide.



© La Presse Canadienne , 2017